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Cabaret de l’Exil, cirque équestre Zingaro

du 19 octobre au 31 décembre à Aubervilliers

Au pas, au trot ou au galop… ne manquez pas d’aller voir Cabaret de l’Exil, le dernier spectacle du cirque équestre Zingaro au fort d’Aubervilliers.

On connait la qualité du travail scénique de Bartabas, c’est à nouveau un coup de maitre avec certains tableaux bouleversants et beaucoup de moments très drôles.

Mais surtout, on parle de nous car le thème est le monde yiddish disparu dans la tourmente. Les chevaux dansent sur la musique klezmer, les cavaliers jouent les Badkhanim, les cavalières s’envolent comme des Bella Chagall et le conteur Rafaël Goldwasser est formidable comme acteur yiddish dans son évocation des subtilités de cette langue étonnante.

Ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas d’un documentaire sur le monde juif qui devrait faire preuve de réalisme. C’est du cirque avec les principes du cirque et une dose de kitch qui fait partie du genre (Juifs à payess et kippa bien voyante, danses hassidiques en clin d’œil à rabbi Jacob, et quelques autres représentations qui peuvent agacer), et ce cirque touche au cœur de la mémoire et qui de mon point de vue reste dans le juste avec quelques idées originales et une esthétique onirique. On retrouve Chagall (la crucifixion blanche féminisée, le rabbin qui vole, Bella dans le ciel, le Schtetl disparu très souvent représenté chez le grand peintre…), Anski et le Dibbouk, Singer, les figures démoniaques du folklore ashkénaze et bien d’autres clins d’œil.

Aborder le monde juif est toujours compliqué, surtout avec les Juifs eux-mêmes très en alerte. Certains choix sont discutables de notre point de vue et cela reste les choix de Bartabas lui-même avec sa vision propre. Il faut accepter de jouer le jeu et se laisser mener par la monture. Je défends personnellement ce spectacle que je trouve juste, drôle et surtout tout simplement du bon cirque plein d’amour pour le monde juif.

C’est surtout dans ces temps troublés et zemmouriens un plaisir d’entendre parler des Juifs de façon positive, ludique et émouvante… avec un accent yiddish qui nous rappelle que le cosmopolitisme reste une valeur et une manière d’être homme, d’être mensch, autrement plus riche que le jeu minable de l’assimilation et la négation de soi... L’exposition de notre fragilité, de notre vulnérabilité nous éveille à la réalité des forces haineuses qu’il vaudrait mieux ne pas éveiller… C’est donc aussi, sous sa forme ludique un positionnement politique qui ne peut que faire du bien à ceux qui viendront partager ce moment. J’en ai remercié personnellement Bartabas.

Ne manquez pas d’aller vous faire un bon bain d’air frais et de bonheur. Sei gesunt !

https://zingaro.fnacspectacles.com/